Sortie de Laragne du 30 mai au 2 juin 2002

La sortie de printemps du DCV avait été prévue à Monte Couco pendant la semaine de la fête Dieu. Malheureusement pour des raisons professionnelles Dominique et moi-même n'avons pu nous libérer toute la semaine et avons dû raccourcir notre semaine de vol à un long w-end, et pour 4 jours seulement le site de Monte Couco est un peu éloigné.

Nous avons donc décidé de ne pas rejoindre Marie-Thérèse, Meinrad, Yves, Jean-Jérôme et Dany en Italie, mais de nous rendre à Laragne.

Pour la 1ère fois cette année nous ne disposerions pas d'un chauffeur.... il fallait donc aborder nos vols avec un peu plus d'organisation. Heureusement la navette du camping allait nous faciliter grandement la tâche.

 

A chaque jour son problème…

 

Jeudi 30 mai

Aujourd’hui radio à plat….

Arrivée en fin de matinée jeudi, prise de la météo et départ en voiture pour le déco. Sur la montage de Chabre déjà beaucoup d'ailes sont ouvertes, passablement de rigides cette année. Nous restons fidèles à notre petit coin de pelouse entre les deux décos officiels. Les conditions s'annoncent bonnes et un charmant petit cum se développe au-dessus de nous. Le temps de trouver une charmante blonde pour nous redescendre la voiture (je vous laisse deviner qui l'a trouvée....) de terminer le montage de nos ailes et le cum se stratifie et cache le soleil… Caramba, la plus part des pilotes sont déjà en l’air. Contraints à l’attente nous suivons des yeux plusieurs téméraires qui rejoignent sans aucune pitié l’atterro de secours sud. Nous n’avions qu’un petit quart d’heure de retard, mais… il est trop tard pour décoller. Par expérience, je sais que tout change très vite en Provence… Je conseille donc à Doms de temporiser, nous craignons même quelques gouttes. Vers 16h, le ciel bleu reprend sa place, mais le soleil ayant continué son petit bonhomme de chemin, le décollage en direction du sud ne sera plus possible et nous nous préparons à partir dans la direction de la falaise nord. Sous les regards envieux de nombreux parapentistes nous nous envolons malgré un vent thermique soutenu et parallèle à la crète.

Trois petits tours et Doms disparaît au plafond. Je peine un peu à faire pareil et une fois parvenu je ne peux que constater que je suis déjà tout seul. Sans radio il est impossible de penser se retrouver en l’air. Doms est déjà parti, il ne tenait plus en place c’est son premier vol thermique de l’année… alors vous pensez… Pour ma part prise de contact avec les thermiques du sud, petit vol dans le pourtour de Laragne et atterro au camping en début de soirée.

Doms me rejoint une 1&Mac218;2 plus tard, après avoir parcouru un très joli triangle entre Laragne, Tallard et Sisteron… Cette fois le doute n’est plus permis, la saison commence…. On récupère notre véhicule à l’atterrissage nord emmené par notre charmante blonde au volant d’un non moins charmant cabriolet.

 

Vendredi 31 mai

Comme nous hésitons à charger nos ailes sur la navette (Patrick, je sais que tu aurais fait comme nous…) il est prévu de monter en voiture au déco vers 9h30 de décharger le matos ainsi que Doms de redescendre le véhicule au camping et de reprendre la navette de 11 heure.

Aujourd’hui les conditions s’annoncent excellentes. J’arrive vers 11h30 au déco. Nos deux ailes sont déjà montées (merci Doms). Petit briefing, nous essayerons aujourd’hui de rejoindre St-André. Décollage  vers 13h. dès l’apparition des 1er cums. Aujourd’hui les radios fonctionnent bien, mais bien vite Doms m’apprend qu’il vole à + de 600 km/h… et je vous le donne en mille, que diriez-vous d’une petite panne de vario… Qu’à cela ne tienne direction Sisteron par les crêtes du sud ouest. Ayant déjà fait ce parcours plusieurs fois j’aide Doms à trouver les thermiques. Je mentionne tout de même pour ceux qui ne le sauraient pas, que voler un Atos  en thermiques sans vario est une tâche proche de l’impossible. Mais à deux c’est plus facile et on se retrouve au-dessus de la citadelle de Casimir en direction de la falaise Est de la ville. Il est encore tôt et ici les thermiques se font très espacés et doux. Doms peine à décrocher de la crète. Pour ma part ayant beaucoup plus d’altitude je me dirige plein sud sous un tout petit cum en milieu de la plaine. Mais définitivement nous sommes un peu trop en avance pour espérer traverser cette longue vallée jusqu’au prochain relief. Retour à la crête et je me retrouve à 200m sol sur une foret qui a du brûler dernièrement, harnais déjà ouvert avec l’œil sur un terrain d’atterro. Doms est toujours au-dessus de la crête et voyant ma position désespérée il me propose de tenter le retour sur Laragne. Cela ne lui ressemble pas d’abandonner ainsi, mais sans vario je comprends que ses chances sont presque inexistantes de prolonger son vol. Le voici donc qui quitte la crête de Sisteron pour un vol planer en direction de Laragne, me laissant à mes toutes petites bulles qui me maintiennent difficilement. Mais tant que les pieds ne sont pas posés, tout est encore possible… Didier Favre disait souvent qu’en vol, il faut parfois savoir attendre…. Je prends mon mal en patience et n’accepte pas de m’avouer vaincu. Péniblement je me refais à quelques mètres des sapins calcinés et arrive tout lentement à dépasser le sommet de la crête. Doms s’est posé un peu plus loin le long de la route.

Je prends le chemin du retour par les crêtes ouest. Il sera long mais très intéressant, je soupçonne la formation d’une inversion à 1500m. Mais j’arrive tout lentement à regagner le déco de Laragne. Je quitte la crête en direction du nord et peine longtemps à percer ce chapeau invisible qui me retient si bas. Mais « à cœur vaillant rien d’impossible » et me voici enfin libérer de cette chape et je m’envole à 2700m au-dessus de l’antenne au nord du déco.

Entre temps Doms et de retour à camping en stop et prend la voiture pour me suivre. Direction plein nord. Je vais finir par croire que cette direction nous convient définitivement mieux… Mais il faut aussi dire qu’à 2700 c’est un plaisir de s’en aller. Je passe Serres toujours dans ces altitudes. Enfin mon vol s’accélère un peu et sans aucun problème je rejoins Aspres que je contourne par l’ouest au bout de col. J’attends un instant que Doms arrive et l’informe que je compte continuer vers le nord. Tous ceux qui sont déjà aller à Laragne se souviennent de la route qui descend du col de la Croix Haute en direction d’Aspres et qui longe le Buesch. Vallée très resserrée et pas trop accueillante…. Il m’est si souvent arrivé de compter les éventuelles terrains d’atterro dans ces vallées étroites… Mais lorsque vous êtes à 2800m d’altitude, le monde est si différent. Même Doms est surpris de mon choix, mais se garde bien de m’en informer. Il continue à remonter le Buesch. Pour moi aucun problème j’avale les km sans problème et j’ai en point de mire le col de la Croix-Haute. De la haut j’observe avec amusement l’avancée de Doms sur la route. Porté durant tout mon vol par un léger vent du sud, je pense sans problème pouvoir passer le col et déboucher sur la grande pleine au nord du col. Mais l’heure avance et je suis surpris de trouver face à moi un très fort vent du nord qui va m’empêcher de passer le col. Et c’est avec beaucoup de plaisir que je rejoins le sol à coté de la buvette du col après un vol de 4h et près de 100km parcouru. Doms est déjà sur place  et me regarde poser. (merci chauffeur….)

Un petit sandwich et retour à l’hôtel pour la douche… Ce soir on a rendez-vous à L’Araignée gourmande….

 

Samedi 1 juin

Aujourd’hui tout roule, le vario devrait fonctionner, les radios marchent bien, la voiture est au camping, les ailes sont montées, le morale est au beau fixe et la météo des plus prometteuses…. C’est décidé, nous partirons dans les premiers et direction au nord. Hier j’ai ouvert la voie et Doms n’a qu’une seule envie, s’y engouffrer…

13h. déjà en vole, je m’élance le 1er, et j’engage tout de suite au-dessus de l’aire de décollage à quelques dizaines de mètres des ailes au sol. Cette aile est vraiment si agréable à piloter, c’est un régale. L’ascendance est toute douce mais constante. Je m’élève sans peine jusqu’à 2400 et cherche les premiers cums. Doms peine, pour une fois, à se satelliser et je m’élance tout seul en direction d’Aspres. Je vole aux nuages sans me soucier du sol. Avec l’Atos quand il y a un cum ça monte toujours… J’entends Doms qui me suit à quelques crêtes en arrières. Je contourne une fois de plus Aspres pour l’ouest et là j’attends mon collègue pour choisir l’itinéraire. On se rejoint sous un beau nuage à 2900 m derrière la colline d’Aspres. Sur notre droite à l’est, se trouve le superbe massif u Pic de Bure

 


Les conditions sont superbes devant nous le massif de l’Obiou à l’est duquel nous avions posé l’année dernière lors de notre vole depuis St-André.



Les pompes se font de plus en plus fortes au-dessus des derniers névés de neige. Le décor est absolument féerique.

Doms prend de l’avance et longe le massif par l’ouest.



On se rejoint au nord du massif, à 3200 mètres à la base du nuage, je me laisse malgré moi aspirer dans la base et me guide à la boussole pour m’en extraire. Je retrouve Doms en bordure de ce cum que nous contournons ensemble par l’ouest. Merveilleuse image que ces deux Atos tout proche l’un de l’autre et qui évitent avec respect les ascendances toutes proches. (Désolé, Roland, je n’ai pas encore d’appareil numérique pour immortaliser de si belles images….) Au-dessous de nous à l’est le village de Pellafol ou nous nous étions posé l’an passé.

Mais le vol continue, quittons le massif de l’Obiou en direction du Nord-Est sur les premières crêtes au-dessus de la Mure. Longue transition l’un derrière l’autre. Durant cette belle ligne droite je m’aperçois qu’un énorme cumulo-nimbus s’est formé tout à l’ouest de Grenoble, sans danger pour nous. Nous arrivons au relief à hauteur des dernières neiges. La chaîne de Belledone se dévoile avec ses rues de nuages prometteur en direction d’Albertville.

Mais malheureusement on doit vite déchanter en voyant le soleil disparaître derrière l’énorme cumulo-nimbus qui s’élève pourtant à plus de 50 km de nous. Même un vol de pente ne nous permet pas de résister à l’attraction terrestre. Tout gentiment notre altitude de 2400m fond. Et même l’arrivée au-dessous de moi d’un magnifique aigle n’aura raison de notre destinée. Dominique dégage le 1er en direction de La Mure, je le suis, non sans regarder encore une fois les merveilleux nuages qui se dessinent vers l’est. A l’ouest les premiers éclairs illuminent le ciel sombre. On survole la ville à la recherche d’un terrain, la direction du vent est très vite repérée grâce à l’onde du vent dans les hautes herbes. Et l’on se pose en bordure de ville dans un grand champ fraîchement fauché.

Il est environ 16h30. Derrière nous un vol d’environ 80km porté par de conditions fabuleuses et malheureusement trop vite interrompu par cet orage.

Mais les personnes attentives me demanderont quel était le problème du jour….

Et bien se retrouver à près de 100 km route de sa voiture un samedi soir vers 17h. avec deux Atos sur l’épaule… cela me parait en être un tout de même. Mais restons optimiste.

Tout d’abord mettre nos ailes en lieux sûres. Aucun problème, la caserne des pompiers et à 100m les garages sont spacieux et sous surveillances et en plus c’est ouvert 7 jours sur 7.

Trouver une voiture de location. Difficile un samedi à 17h30. Les pompiers de service font tous les téléphones possible, mais aucun véhicule n’est disponible. Ceux-ci nous conseillent de prendre demain le car qui descend vers Gap. Mais ce soir vers 19h le chef de poste doit se rendre à Corps pour une réunion il se propose de nous y emmener. Et voilà déjà 15km de fait. A 20h. nous sommes à Corps. J’avais pris la peine de préparer un joli carton mentionnant au feutre noir GAP. Le temps de conseiller à Doms de remettre sa combinaison de vol et de tendre mon beau panneau et voici une charmante jeune fille qui se propose de nous amener à GAP. 20h30 sortie de Gap. Il nous faudra encore 2 âmes charitables pour qu’on se retrouve à la nuit tombante à Sisteron. Nous effectuerons les derniers km en taxi. Et nous voici à 22h00 sous la douche à l’hôtel…. Que le vie est Belle…. 80km en vole et +100 km en stop voilà une journée bien remplie…

 

Dimanche 2 juin

Départ à la 1ère heure pour récupérer nos ailes à La Mure. Les pompiers sont au rendez-vous. Doms me propose de faire chauffeur pour la journée, il souffre un peu d’un genou. Deux possibilités s’offrent à moi pour cette journée qui s’annonce fumante. Soit décoller depuis le relief que nous avons quitté hier. Soit faire un peu de route en direction d’Albertville, pour tenter un décollage aux Saisies pour un vol retour sur la Suisse…. Je me décide pour cette deuxième solution. Départ pour les Saisies. Mais aujourd’hui, se sont des ennuis mécaniques qui retarderont grandement notre retour, en effet la perte d’une plaquette de frein va considérablement ralentir notre trajet. Et malheureusement nous arriverons trop tard au Saisies pour bénéficier de bonnes conditions de décollage. Et l’état de la voiture me fera renoncer à chercher un autre décollage.

C’est donc avec les yeux tournés vers le ciel que nous rentrons par Chamonix en Suisse. Aujourd’hui les conditions auraient permis un retour sans aucun problème, en témoigne le vol effectué en Valais par Roland.

 

Pour conclure :

Aux vues de ces 4 jours, je ne peux m’empêcher de tirer les conclusions suivantes :

Tout d’abord et par ordre de priorité, j’aimerais remercier tous les chauffeurs qui nous ont permis durant ces années d’effectuer des vols dans un état d’esprit totalement concentré sur notre passion. C’est vraiment lorsque vous n’êtes pas là que votre présence prend toute sa dimension. Alors un grand MERCI à Marie-Thérèse, Elisabeth, Chantal, Freddy, Mino et tous ceux que j’oublie….

Je me permets à nouveau de remettre en cause le choix de Monte-Couco pour la sortie de printemps. L’expérience nous montre que les conditions thermiques ne sont pas encore pleinement installées à cette époque là-bas et le choix des Alpes de Hautes Provence, me semble beaucoup plus prometteur.

Enfin, j’espère que les récits de ces vols inciteront tous les pilotes à ce joindre à nous. Il n’est pas nécessaire d’être un pilote de distance confirmer pour venir voler sur ces sites et la découverte de nouveaux horizons ne peut qu’augmenter la confiance en vol de chacun.

 

J’espère vous retrouver très nombreux lors de nos prochaines sorties.
 « il ne faut jamais regretter ce que l’on a pas pu faire, mais savoir apprécier à sa juste valeur ce que l’on a fait »